DONNER DU SENS À SA VIE APRÈS 60 ANS
- stephanegasparini1

- 27 déc. 2025
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : 30 déc. 2025
ET MAINTENANT?....
Donner du sens à sa vie après 60 ans
Il n’est jamais trop tard
pour donner du sens à sa vie.
Vieillir est une CHANCE, pas un naufrage… !
Je vous explique pourquoi dans les lignes suivantes.
« Et maintenant, que vais-je faire ? »
Beaucoup d’entre nous connaissent les paroles de cette chanson de Gilbert Bécaud.
Dans la chanson, il s’agit du cri d’un homme confronté à une perte amoureuse. Mais avec l’avancée de la vie, ces mots prennent pour nous un autre sens et une tout autre profondeur.
Car ce « Et maintenant ? » n’est plus celle du chagrin. Il devient la question qui surgit à un moment particulier de l’existence, lorsque certaines portes se ferment :
Lorsque le corps ne répond plus toujours comme avant.
Lorsque la vie professionnelle s’estompe ou s’achève.
Lorsque les rôles sociaux qui structuraient le quotidien disparaissent peu à peu.
Car avec eux, disparaît aussi une forme d’évidence : celle d’un savoir spontané que nous pensions posséder auparavant. Celui de savoir quoi faire, où aller, à quoi servir.
Dans notre société, ce moment de la vieillesse est souvent vécu comme un déclin. On cherche à l’adoucir par des mots — troisième âge, seniors — comme si nommer la vieillesse telle qu’elle est devenait indécent. Comme s’il fallait à tout prix rester jeune, actif, performant, sous peine de devenir invisible.
Mais si cette lecture était profondément erronée ?
Et si le fait que certaines portes se ferment n’était pas seulement une perte, mais aussi la condition d’un autre rapport au temps, à soi-même, et au sens de sa vie ?
Non pas malgré l’âge, mais à partir de lui.
Car donner du sens à sa vie, ce n’est pas seulement se projeter vers l’avenir. C’est aussi — et peut-être surtout — parvenir à faire en sorte que toute notre existence se rassemble et trouve sa cohérence.
1. Quand certaines portes se ferment, d’autres s’ouvrent.
Il arrive un moment de la vie où certaines évidences cessent de l’être.
Notre corps, d’abord, n’obéit plus avec la même spontanéité. Il réclame davantage d’attention, de ménagement, parfois de renoncements. Non pas nécessairement la maladie ou la souffrance, mais une forme de résistance nouvelle du réel, qui oblige à composer autrement avec soi-même.
Sur le plan professionnel, aussi, quelque chose se referme. Notre carrière est derrière soi, ou sur le point de l’être. Les repères qu’elle offrait — reconnaissance, utilité sociale, rythme, statut — s’effacent progressivement.
À cela s’ajoute un changement plus diffus encore : le regard social se détourne. On n’est plus spontanément sollicité, consulté, attendu.
Ces fermetures sont rarement spectaculaires. Elles s’installent plutôt par petites touches, presque imperceptiblement, jusqu’au jour où une question s’impose : Et maintenant ?
Dans notre culture, ce moment est presque toujours interprété comme une perte. Une perte de capacités, de place, de valeur. Et il n’est pas rare que cette lecture produise un sentiment de déclassement, voire d’inutilité — sentiment d’autant plus violent qu’il est rarement formulé.
Pourtant, reconnaître que certaines portes se ferment n’est ni une plainte ni une défaite. C’est un constat lucide.
Et toute réflexion sur le sens commence par-là : par l’acceptation du réel tel qu’il est, et non tel qu’on voudrait qu’il soit encore.
Car ce refus de voir — ce déni de l’âge, du temps, des limites — coûte souvent plus cher que l’acceptation elle-même. Il enferme dans la nostalgie ou dans une course absurde à la jeunesse perdue.
Il empêche surtout de percevoir ce que ces fermetures rendent possible.
Car toute porte qui se ferme modifie l’espace dans lequel on vit et ouvre d’autres portes que nous n’avions pas encore aperçues.
2. Le paradoxe : ce qui se ferme libère.
Nous avons été habitués à penser la liberté comme une ouverture maximale des possibles. En d’autres mots, nous pensons que plus il y a de portes ouvertes, plus nous sommes libres. Inversement, toute fermeture est vécue comme une restriction, une perte, parfois une injustice.
Et pourtant, la réalité de notre vie nous montre souvent l’inverse.
Lorsque tout semble possible, rien n’est vraiment choisi. La dispersion guette. La comparaison aussi. Le désir se dilue dans la multiplicité des options. À mesure que certaines portes se ferment avec l’âge, l’espace de la vie se resserre.
Mais ce resserrement n’est pas nécessairement une asphyxie. Il peut devenir une clarification.
Quand le corps impose des limites, il oblige à une autre écoute. On ne peut plus forcer. Il faut composer, ajuster, ralentir.
Quand la vie professionnelle s’achève, ce ne sont pas seulement des fonctions qui disparaissent, mais aussi une pression permanente : celle de prouver, de produire, d’être à la hauteur d’attentes extérieures. Ce retrait, parfois douloureux, peut aussi libérer d’un regard qui n’est plus nécessaire.
On n’a plus à se définir par un rôle. On peut commencer à se définir par la justesse avec laquelle nous menons notre vie.
Ce paradoxe est difficile à entendre dans une société qui valorise en permanence l’expansion, la croissance, la performance. Mais il est au cœur de nombreuses sagesses anciennes : la liberté la plus profonde n’est pas celle qui consiste à pouvoir tout faire, mais celle qui consiste à faire et à être pleinement là où l’on est. Ce n’est donc pas malgré l’âge que quelque chose devient possible. C’est à partir de lui.
3. Accepter son âge : une condition du sens, non un renoncement
Dans notre imaginaire collectif, vieillir est rarement pensé comme une étape à part entière de l’existence. C’est le plus souvent une dégradation par rapport à ce qui précède. Un état transitoire vers autre chose — la dépendance, l’effacement, la fin.
Cette représentation explique en grande partie le malaise qui entoure la vieillesse dans nos sociétés. On cherche à la masquer, à la retarder, à la renommer. On parle de troisième âge, de seniors, comme si le réel devenait acceptable à condition de ne pas être nommé.
Or cette difficulté à accepter la réalité de l’âge est l’un des principaux obstacles au sens. Elle s’appuie sur une comparaison implicite avec ce qui n’est plus : le corps d’avant, l’énergie d’avant, la place d’avant.
L’acceptation de l’âge ne consiste pas à s’en réjouir artificiellement.
Elle consiste au contraire à cesser de lutter contre le réel, pour pouvoir enfin penser et vivre à partir de lui.
Ainsi, dire « je suis vieux » — sans honte, sans ironie, sans autodépréciation — peut devenir un acte de lucidité. Non pas une identité figée, mais une position assumée dans le temps. Une manière de dire : voilà ce que je suis et d’où je parle.
Le jeunisme, sous ses formes les plus diverses, empêche précisément ce geste. Il entretient l’idée que la valeur d’une vie se mesure à sa capacité à rester jeune, active, visible. Et il transforme l’âge en faute, comme si vieillir revenait à échouer.
Mais une vie humaine ne se mesure pas à sa capacité à durer dans un même état. Elle se mesure à sa capacité à se transformer sans se renier.
Dans de nombreuses civilisations, cette évidence allait de soi. Les plus âgés n’étaient pas mis à l’écart parce qu’ils n’étaient plus productifs ; ils étaient reconnus pour ce qu’ils pouvaient transmettre — parfois sans même parler.
Notre société a largement perdu ce rapport-là à l’âge.
Et ce que l’on appelle souvent la “crise du vieillissement” est peut-être avant tout une crise du regard porté sur la vieillesse.
4. Quand toute une vie commence à faire sens
Donner du sens à sa vie après 60 ans ne consiste pas seulement à se demander ce qu’il reste à faire. Cette question, légitime, est souvent trop étroite.
Car le sens ne se joue pas uniquement dans ce qui vient.
Il se joue aussi — et peut-être surtout — dans la manière dont une vie entière devient intelligible à celui qui l’a vécue.
Pendant longtemps, notre existence est fragmentée. On avance par étapes, par rôles, par obligations successives. On agit souvent sous la pression des circonstances, des attentes, des nécessités économiques ou familiales. Le temps manque pour comprendre ce que l’on fait pendant qu’on le fait.
Avec l’âge, quelque chose change. Le mouvement se ralentit. La distance devient possible. Et cette distance permet une relecture de notre vie tout entière.
Non pas une relecture idéalisée — qui transformerait le passé en « âge d’or » perdu — mais une relecture plus juste, qui accepte les détours, les erreurs, les renoncements, les échecs mêmes, comme des éléments constitutifs d’un parcours.
C’est ici que la vieillesse peut devenir un moment de cohérence. Non parce que tout aurait été réussi, mais parce que tout peut enfin être compris comme ayant participé à une même trajectoire.
Ce qui paraissait autrefois dispersé peut commencer à former une figure.
Ce qui semblait absurde peut trouver sa place dans un ensemble plus vaste.
Dans cette perspective, la vieillesse n’est plus ce qui vient après la vie active. Elle devient un segment de vie à part entière, un moment où elle devient habitée et pensée. Ce renversement est décisif.
Il permet de sortir de l’alternative stérile entre nostalgie et fuite en avant. Il permet surtout de comprendre que donner du sens, ce n’est pas effacer ce qui a été, mais l’intégrer.
C’est en ce sens que la vieillesse peut être envisagée comme un couronnement, et non comme une déchéance. Non un sommet triomphal, mais un point d’équilibre. Un moment où la vie, enfin, se rassemble.
Et peut-être est-ce là l’enjeu le plus profond de ce « Et maintenant ? » : non pas inventer une autre vie, mais permettre à celle-ci — telle qu’elle a été vécue — de devenir pleinement signifiante.
Conclusion
Après 60 ans, il ne s’agit plus forcément de transformer sa vie, mais de l’habiter avec justesse.
Donner du sens à ce moment de l’existence commence par une acceptation lucide : celle de son âge, de son parcours, de ce qui a été vécu. Non pour s’y enfermer, mais pour s’y appuyer.
Accompagner des personnes à ce stade de leur vie, ce n’est pas leur promettre une seconde jeunesse. C’est les aider à mettre en cohérence ce qu’elles ont vécu,à redonner une place juste à leur histoire, et à faire de ce temps un espace de transmission, de présence et de vérité.
Car il n’est jamais trop tard pour donner du sens à sa vie — à condition de ne plus la penser comme une suite à inventer à tout prix, mais comme un chemin qui, enfin, peut se comprendre dans son ensemble.
Alors oui, la vieillesse est loin d’un naufrage,
C’est une chance !
Pour aller plus loin – références essentielles
· La Vieillesse
Une analyse philosophique et sociale majeure de la vieillesse, montrant qu’elle est moins une fatalité biologique qu’un fait culturel et politique, révélateur du rapport d’une société à la dignité humaine.Simone de Beauvoir, La Vieillesse, Gallimard, 1970.
· L’aventure de vieillir
Une approche humaniste et incarnée de la vieillesse comme temps de transformation intérieure, loin du déni comme de la résignation, centrée sur l’acceptation et la profondeur de l’expérience vécue.Marie de Hennezel, L’aventure de vieillir, Robert Laffont, 2005.
· Être mortel
Une réflexion lucide sur le vieillissement et la fin de vie, qui interroge la primauté de la performance médicale au profit du sens, de la qualité de vie et des choix existentiels.
Atul Gawande, Être mortel, L’Iconoclaste, 2015.
· Découvrir un sens à sa vie
Un texte fondamental montrant que le sens de la vie peut être découvert à tout âge, y compris face aux limites, à la souffrance et à la finitude. Viktor E. Frankl, Découvrir un sens à sa vie, Éditions de l’Homme, 1969;





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